Paris, 15 Oct. ( Saba)- Il est 11 heures. J’ai rendez-vous avec trois personnes qui travaillent à l’Ambassade du Yémen à Paris. Après avoir pris l’Avenue d’Iéna et tourné à droite dans la rue Georges Bizet, apercevoir le drapeau du Yémen, me donne après trois semaines loin de chez moi, la nostalgie de mon pays.
Le hall d’entrée de l’Ambassade, avec son exposition de photos qui change toutes les semaines, est magnifique. D’ailleurs, comme je suis en avance, je prends le temps d’admirer toutes ces images qui, chacune à leur façon, montrent la diversité des paysages yéménites.
Au bureau d’accueil, j’ai rencontré Ahmed Abdulfatah qui m’accueille chaleureusement. Mon sujet de reportage sur les premières impressions que le personnel de l’Ambassade a pu ressentir en arrivant à Paris, l’intéresse beaucoup ; « Ca fait 16 ans que je vis ici et ce qui m’a frappé à l’époque, c’est de voir à quel point les parisiens sont énervés. 
D’ailleurs, avec les problèmes économiques actuels, c’est de pire en pire, les gens sont horriblement stressés. Sinon, ce qui m’a plu tout de suite, c’est le mélange entre quartier populaire et quartier chic… Et de voir les communautés se mélanger plutôt harmonieusement. Dans mon immeuble du 20ème arrondissement, il y a autant d’étrangers que de français et tout se passe très bien. Aujourd’hui, mon seul problème, c’est que j’ai parfois le regret d’une existence un peu plus douce. Au Yémen, la vie est plus simple. Et puis à Paris, les prix sont exorbitants. Avant, par exemple, je revenais dans mon pays tous les ans… Maintenant je ne rentre que tous les deux ans. C’est trop long ! »
Après avoir salué Ahmed, je monte l’escalier somptueux de l’Ambassade, pour attendre au 3ème étage, mon rendez-vous avec Fatheia Meysari chargée des relations publiques. Le bâtiment est plutôt silencieux. Et à part une jeune femme qui prépare le thé dans une petite cuisine, un peu à l’écart et un homme sur un escabeau, qui répare les ampoules d’un lustre, je ne vois que des portes fermées. Quelques minutes plus tard, je suis enfin reçu par Fatheia Meysari. Arrivée en France en 1975, elle se souvient très bien de ses premières sensations : 
« Petite fille, je rêvais de Paris en lisant des livres de Victor Hugo. Découvrir cette ville en vrai a été un grand bonheur. D’ailleurs, aujourd’hui, je pense toujours que c’est le plus bel endroit du monde. Mais les débuts ont été un peu difficiles. Dans les années 1970, les parisiens étaient assez enfermés dans leur coquille, très distants, et comme je parlais mal le français, j’ai mis environ huit ans avant de comprendre comment cette ville fonctionnait.
Depuis, je suis tombée amoureuse de Montmartre,de l’île Saint-Louis (mes deux quartiers préférés) et pas une seconde, je ne pourrais m’imaginer vivre ailleurs qu’à Paris. La seule chose à laquelle je ne me suis jamais habituée, c’est le climat. Moi, la fille d’Aden, qui aime le soleil et la mer, j’ai toujours froid. » Et en la saluant, j’ai su à quel point elle souffre du froid, car sa main au moment de me dire au revoir est réellement glacée.
Avant de partir, je demande à Sadek Alsaar, le conseilleur culturel et touristique, de nous raconter, lui aussi, son arrivée dans la capitale. C’était il y a 20 ans, mais cet homme souriant et cultivé n’a rien oublié : 
« Pour moi, c’était vraiment la ville lumière… Lumière artistique surtout. Et puis Paris a su préserver son architecture haussmannienne, et garder malgré des constructions récentes, une certaine harmonie. Mais parler de choc, c’est à mon avis ridicule. Je me suis tout de suite senti à ma place ici, car les civilisations arabe et européenne ont beaucoup de similitudes. J’ai grandi à Sana’a, la capitale, qui est un musée à ciel ouvert, même si l’offre culturelle est beaucoup
moins importante qu’à Paris. Ce qui ne me séduit pas en revanche, c’est l’anxiété des parisiens, l’anonymat et la pollution. Et puis pour payer son loyer, sortir et se déplacer, il faut avoir un salaire important. Et avec l’arrivée de l’euro, c’est encore pire. Mais des années plus tard, je suis resté le jeune homme ébloui et toujours sous le charme. »
Voilà, maintenant j’en sais un peu plus sur les premières impressions de ces trois yéménites, en découvrant cette ville. Malheureusement, après avoir fait quelques photos pour illustrer mon reportage, je dois maintenant quitter mes compatriotes et le départ est un peu douloureux. Loin de ma famille, j’ai aimé parler avec eux et retrouver l’ambiance de mon pays, dans cette Ambassade où j’ai été adorablement accueilli. Enfin, comme j’ai gardé leurs cartes de visite, rien ne m’empêche de toute façon, de revenir les saluer avant mon retour au Yémen.
Par Sami Al-Ashwal
SABA


